CLEO LEQUENNE

Chatte d'appartement

Mon journal
(ma correspondance ! )

Chapitre 8  

12 février 2006

       Je commence à avoir l’impression que je deviens, sinon célèbre, du moins assez connue, puisque mon Journal me suscite tout un courrier assez flatteur. Jusqu’ici, le peu de temps que me laisse, hors sommeil et sieste, mes heures de méditation (que les humains, ces mauvaises langues toujours en état d’agitation) appellent ma presse) m’avait empêché de répondre, sinon des petits mots de remerciements gentils. Mais depuis peu, voici que j’ai une correspondante presque aussi volubile que moi (quand je m’y mets). Elle s’appelle Zoé, elle a un frère adoptif qui s’appelle Typo, et je commence à connaître toute l’histoire de sa famille que la discrétion ne me permets pas de révéler. Mais dans la mesure où certains des problèmes qu’elle me soumet peuvent avoir valeur générale, je vais vous donner des extraits de ma réponse. Voici :

Chère   Zoé,

                D'abord, reçois toutes mes excuses pour mon retard à te répondre. En fait, ce n'est pas ma faute, mais bien du bureau noir de la censure humaine qui non seulement avait ouvert mon courrier, mais y avait fait des réponses que je désavoue, même si c'était inspiré de mes propos.

Ensuite je ne réponds qu'à toi, parce que même si je trouve ton Typo très joli (mais, cette coquetterie de m'envoyer une photo de sa jeunesse ! Tous pareils ces mâles !), je suis contre ses prétentions à être chat dominant, et d'autant plus qu'il est de bien pauvre origine.
Moi je n'ai pas de préjugés de classe, mais quand Lola de Verderonne, a appris ça, elle qui a

Typo jeune...
été élevée dans un château, elle a tourné le dos. Ma raison à moi, c’est que nous devons être toutes pour le matriarcat félin ! L'Etre suprême est bien une chatte, la grande déesse Bubastis, et non pas un matou. Et quant au prétendu Roi des Animaux, vois dans quel état d'arriération sa tyrannie paresseuse a mis ses Etats, tandis que, sous la direction et la loi de Bubastis, nous avons domestiqué les humains depuis cinq mille ans au moins. Et non sans mal (sans mâles ! tu vois que j'aime à rire), si l'on pense à ce Moyen Age où ils nous brûlaient et crucifiaient au nom de leur religion anti-chats pour refuser l'apport de notre civilisation. Et comme nous n'en avons pas fini, nous devons continuer. Je ne dis pas ça contre Typo, car il y a eu de bons matous félinistes, comme le chat Murr, qui avait apporté le bonheur dans les vieux jours de ce pauvre Hoffrmann. Bon ! Passons ! Et un chat qui s'appelle Typo ne peut pas être tout à fait mauvais. Je me prends même à penser à l'utilité qu'il y aurait pour moi à avoir un chat typo sous la main. Je n'aurais pas à passer par le secrétariat (sous sommeil médiumique) de mon père-homme. Cette histoire qu’il fait du bruit en travaillant du papier, la nuit, montre bien l'influence du nom. Mon père humain aussi a passé jadis tout un temps à tripoter des papiers la nuit, au Journal officiel. Et ça faisait un bruit infernal dans tout un immense immeuble où personne ne pouvait dormait, du coup. Et comme c'était pour gagner sa vie, probable que ton Typo fait ça pour réveiller ta mère-femme et qu'elle lui donne à manger. Lola, elle, qui est d'une autre génération écrivante, c'est en secouant le couvercle de l'imprimante qu'elle réveille notre mère tous les matins. Mais il est vrai à une heure presque convenable.
                Avec tout cela, je parle, je parle et je ne réponds pas à tes problèmes. Ce que tu me dis de la couleur de ta fesse, dénudée pour cause d’intervention chirurgicale, me prouve que tu es une chatte de "couleur". Mais bien que, moi, je sois blanche ( à manteau gris), je ne suis pas raciste, je te le répète, et je réprouve ma mère qui voudrait mettre ton image en état indécent dans un cabinet de curiosité, comme les humains ont fait avec une pauvre fille bantoue.
                  Je vais terminer par la question sérieuse que tu poses au sujet de mon étude des genoux.. Je suis d’accord avec toi sur les qualités de confort de la poitrine. Mais la question est celle de la stabilité et de la constance de la position. Les humains et humaines bougent trop, ce n’est pas là leur moindre défaut. Tenons donc, comme règle générale, que le confort dépend non seulement de la base d’assise, mais du rapport temps et vitesse de déplacement du support, l’optimum idéal félin étant dans le minimum de vitesse pour le maximum de temps soit l’équation CB = V0 x &Mac176; (le signe infini n’étant pas sur mon clavier). Mais tu n’es peut-être pas mathématicienne ? Alors, reçois mes excuses.
                Reçois, chère Zoé, mes lècheries les meilleures, que tu peux partager avec Typo.

Ta Cléo.

Zoé et moi faisons un gros somme