CLEO LEQUENNE

Chatte d'appartement

Mon journal

Chapitre 7  

07 janvier 2006


          Ce sacré problème des genoux !


Je commence bien 2006 ! Mon précédent journal est à peine en ligne (vous voyez, j’emploie le vocabulaire « branché » de mon « teneur de site »), que je me mets au clavier pour une nouvelle édition ; Mais c’est que plusieurs de mes correspondant(e)s (toujours l’écriture branchée, hein ?), me posent un problème crucial du point de vue de nos rapports avec les humains : celui du confort de leurs genoux.
A vrai dire, on ne devrait pas dire genoux, mais cuisses. Mais il paraît que ce sont les chats anglais qui ont imposé « genoux », parce que « cuisses » était pour eux shoking, évocateur de je ne sais quoi. Bon ! Allons-y donc pour genoux.
La question est : « les genoux sont-ils le comble du confort pour les chats autant que pour les humains (et surtout les humaines) ? ». Je suis bien placée pour répondre à la question, parce que, longtemps, je n’ai eu aucun goût sur cette position, alors que je voyais ma mère humaine se désoler en me voyant me carapater à chaque fois qu’elle m’y posait, sur ses dits genoux.
Mais la Lola, elle, elle avait beaucoup expérimenté et usé des genoux humains dans sa jeunesse aristocratique au manoir de Verderonne, où dames et messieurs bavardaient tranquillement (paresseusement, devrais-je dire) devant le feu de la cheminée en caressant minets et matous qui venaient ainsi se chauffer doublement sur leurs genoux : cuisses (si vous permettez) et flammes des bûches. Et c’est parce qu’elle avait pris cette habitude qu’elle est venue sur lesdits genoux de notre mère commune, à la grande satisfaction de l’une et de l’autre. Mais pas pour longtemps. Et c’est là le problème que je vais traiter ici scientifiquement pour votre enseignements, chers minous-minettes qui me lisez, et tâcherez d’en faire votre profit pour l’éducation de vos humains.
Lesdits genoux sont susceptibles d’être le comble du confort pour les deux parties concernées, mais à deux conditions : l’une de structure, l’autre de temporalité.
Le problème de structure se décompose lui-même en trois problèmes de géométrie : a) cylindre des cuisses (là, il faut bien les appeler par leur nom), b) importance de la cavité entre les deux cuisses, c) horizontalité ou inclinaison des cuisses, d) rapport de ces trois éléments. Je développe :

a et b) des cuisses maigres (type poteaux télégraphiques) sont de mauvais « genoux » pour chats, surtout si, en b, cela détermine un grand espace entre les deux. Les très grosses cuisses (type jambons de très gros porcs) ont souvent le défaut de provoquer un véritable fossé entre leurs deux cylindres. De ce fait, les cuisses moyennes (du type top’modèle au type coureur du « Tour de France » ) sont l’idéal parce que, bien serrées l’une contre l’autre, elles ne laissent entre elles qu’un léger vallonnement tout à fait agréable au positionnement du chat. Mais, me dira-t-on, les grands-mères classiques, en général préférées des chats pour dormir sur leurs genoux, sont rarement des top’modèle, et aussi rarement des coureurs du Tour de France. Il est vrai ! Mais elles ont un premier avantage (nous allons voir plus loin le second), c’est de réunir leurs cuisses par des jupons et jupes qui tend un doux hamac au-dessus de la cavité, quand elle existe. Et certes, comme il arrive encore que des femmes ne portent pas de pantalons, mais des robes et jupes, c’est la raison première pour que les femme offrent, en moyenne statistique, de meilleurs « genoux » que les hommes.
c et d) On atteint là le gros problème social de la bonne ou de la mauvaise façon de s’asseoir des humains de leur temps de déclin des mœurs. Trop d’entre eux, au lieu de se tenir bien droits sur leurs chaises ou sur nos fauteuils, se mettent n’importe comment, et trop souvent les cuisses en pente. Il est évident que des cuisses inclinées entre 20 et 45 degrés de déclinaison sont complètement inutilisables par un chat normal. Si l’on ajoute ce facteur au caractère négatif de a et de b, on peut dire adieu à ce confort qui est un de nos droits acquis de longue date.

Enfin, j’en viens au dernier élément qui tient aussi aux mauvaises mœurs des humains actuels (ma mère m’avait dit que, d’après sa propre grand-mère, les humains de jadis se comportaient de façon tout autre), je veux dire surtout leur constante agitation. Comment voulez-vous que l’on puisse se payer une bonne sieste ou veillée de genoux, si notre humain ou humaine de prédilection ne cesse de bouger, de se lever, partir, revenir, et cela dix fois par heure.
Et j’en arrive ainsi à notre propre expérience familiale. Les cuisses de notre mère humaine sont un peu fortes pour être idéales. Mais ça irait si elle avait le souci de les tenir serrées, bien droites, et surtout si elle pouvait rester en place un bon moment. Il me faut tout l’amour que j’ai pour elle pour disputer à Lola la place sur ses genoux, pour y ronronner de plaisir quand j’y suis, malgré le creux souvent trop large et l’inclinaison souvent trop pentue, et, enfin de compte, alors que je me sens au comble de la plus confortable satisfaction, la voir se lever pour aller je ne sais où faire je ne sais quoi (certainement sans importance ni intérêt). Malgré ledit amour, je dois avouer qu’il m’arrive de lui manifester mon déplaisir par un miaulement sans ambiguïté.
Félins chéris, mes amis, dites-moi je vous prie si votre sort est meilleur que le mien, et si vous disposez de bons, confortables et paisibles genoux, ou si nous devons lancer une pétition, rassembler des signatures griffées pour exiger que les humains/humaines nous rendent les genoux de la bonne tradition du temps où les grands-mères racontaient l’histoire du Chat botté sans bouger du coin du feu.