CLEO LEQUENNE
Chatte d'appartement
Mon journal
Chapitre 5
19 décembre 2005
Mes fans se plaignent de mon silence et mes élèves dêtre privés de mes leçons. Tous maccusent de paresse. Javoue ! Je suis un peu paresseuse. Cest le défaut des méditatifs de mon genre : on réfléchit, la pensée dérive, et puis on finit par sendormir, ou au moins à somnoler, et ce sont les délices de Kapout ! Et quand on est réveillée, cest juste lheure du repas, puis de la sieste, puis il faut reprendre les réflexions au point de départ, et ainsi de suite !
Ne croyez pas cependant que je naie pas avancé dans mes études danthropologie. Et justement, aujourdhui, un événement grave est survenu qui mempêche de me reposer, tant je reste énervée. Voici les faits :
Vous savez tous et toutes que je ne nourris pas une sympathie excessive pour cette étrangère de Lola, si fière dêtre née dans un manoir (et en plus dintellectuels et dartistes), et qui ne cesse de grossir et de me prendre toutes mes places dès que je ny suis pas. Bref ! Jai fini tout de même par lui donner la naturalisation lequennoféline, et par vivre avec elle selon le droit commun. Un jour, de bonne humeur, jai même voulu lui donner un coup de langue. Elle ma répondu par un coup de patte, ce qui prouve quentre nous tous les torts ne viennent pas de moi. Passons ! Jen viens à lincident, bien éclairant sur nos rapports avec nos humains.
Vous savez également comme jaime ma pseudo-mère humaine, ses caresses, ses attentions culinaires à mon égard, etc. Ces derniers temps, je me suis même décidée à venir sur ses genoux, et je suis satisfaite de cette expérience. Mais elle a aussi des manies désagréables. Par exemple de me laver les dents, de mettre des gouttes dans les yeux de Judith, et puis de nous couper les griffes, ce signe majeur de notre dignité féline, à des fins prétendues pacifistes. Et ne voilà-t-il pas que faisant cela à Lola, soit que celle-ci ait fait un faux mouvement dimpatience ou que celle-là devienne un peu bigleuse, elle lui a fait une écorchure à la patte. Grand ram-dame, téléphonures à la sacrée vétérinaire, et trempage de patte de la Lola dans je ne sais quelle mixture qui la font grogner, gronder, sagiter, voire miauler désespérément. Vraiment, elle a eu horreur de ça la Lola !
Lola
Moi, naturellement, comme cétait de mon devoir de souveraine, jai surveillé cela de près. Et aujourdhui, lors du trempage, la Lola sest vraiment fâchée : elle a gueulé désespérément. Faut croire quelle en avait marre ou que la mixture était vraiment désagréable. Toujours est-il que ces soins mont semblé relever maintenant de la torture, façon Mengele, et que je me suis dit quil fallait arrêter ça. Jai donc mordu fermement le mollet gauche de ma pseudo-mère, puis le droit, pour la justice et léquilibre. Et fort, pour quelle comprenne bien (car je sais dexpérience que ces humains nont pas la comprenette aussi rapide que nous, les félins). Elle en a été tout étonnée lhumaine. Elle ne savait pas encore que ses droits (du plus fort) à notre égard, avaient des limites, dont moi la souveraine éclairée de notre communauté féline en ce domaine de Paris XXe, je suis la garante, selon le principe de notre grand théoricien, le chat Murr : « Chats de tous les pays, unissez-vous ! »
Je crois que ma pseudo-mère aura compris. Une conférence humano-féline durgence a conclu à un compromis (du type de celui de Hon-Kong de lavant-veille), selon lequel on ne coupera plus les ongles de Lola et de moi. Pour Judith (en raison du risque quelle se prenne les griffes dans les trous des radiateurs où elle se couche, et quainsi elle se les arrache), il faudra attendre une prochaine conférence, après études des experts scientifiques et techniques.
Je vous quitte. En signe de réconciliation générale, je vais rejoindre Judith et Lola sur le manteau de fourrure de notre pseudo-mère, pour une longue sieste bien méritée après toutes ces émotions.
Cleo Judith et Lola