CLEO LEQUENNE

Chatte d'appartement

Mon journal

Chapitre 4  

Mars 2005


         Ce que c’est que la gloire littéraire ! Mes fans ne cessent de me réclamer la suite de mon Journal. Même monsieur Gide n’avait pas été pressé comme ça. Ils ne se rendent pas compte, mes chers lecteurs, que l’inspiration n’a rien à voir avec une pendule pointeuse. Sans compter que ce qui m’a occupée depuis le temps où vous n’avez rien lu de moi, ce n’était ni mes histoires de famille, ni des ratiocinations sur mes souvenirs qui me retenaient de me remettre à l’écriture, mais mes préoccupations scientifiques. Ainsi ai-je beaucoup réfléchi à la zoologie de l’espèce humaine, dite anthropologie. Mais ce n’est pas de ce sujet que je vais vous entretenir aujourd’hui (j’y reviendrai), mais d’exigences sociales chatonesques que je suis amenée à traiter pour répondre à l’actualité des urgences, à la fois de l’Europe à 25 et de l’alter-mondialisation. Vous aurez sûrement remarqué que, sur ces deux plans, on ne trouve pas trace des problèmes des chats. Il est donc urgentissime que l’élite féline élève la voix.
Loin de moi, l’idée de rédiger seule une Constitution, comme M.Giscard Destin, et de l’imposer à toute la chatonnerie sans lui demander son avis, comme le font certains. Non ! Le travail qu’on va lire ci-dessous n’est qu’une proposition que je soumets au monde félin tout entier, pour amendements éventuels, compléments, corrections, etc. Et voilà !


Droits du chat citoyen

I – Tous les chats naissent et demeurent libres et égaux de droits entre eux.
II – Ces droits sont absolus et sans autre limite pour un chat que celle d’un autre chat. Nul ne peut y porter atteinte sans encourir sanction. (Voir code de justice féline en cours d’élaboration).
III – S’opposer à ces droits donne justification à tous moyens de recours par la force ou la ruse.
IV – Le chat ne reconnaît aucun droit de propriété. Mais en revanche le droit de premier occupant (domaine, place au soleil ou à l’ombre, de coussin, fauteuil, etc.). Le chat détenteur de ce droit peut le céder, prêter ou partager selon son bon vouloir. En cas d’usurpation, la récupération par la force ou la ruse est de droit.
V – Le droit à la vie du chat comporte le droit de s’emparer de toute la nourriture dont il a besoin, au besoin par la force et la ruse.
VI – Les devoirs du chat procèdent de sa liberté sans la contraindre, car relevant de la morale féline : amours des siens et de ses semblables (à moins qu’ils ne le méritent pas). Le respect dû aux aînés, aux sages et aux dignes s’impose moralement du fait de leur antériorité dans les domaines, de leur expérience, sagesse et dignité.
VII – La déesse Bubastis (seule vraie divinité), ayant créé l’espèce humaine pour servir les chats, leur assurer le vivre et le couvert, sans que les humains aient le droit de rien exiger d’eux en retour, sinon de les débarrasser éventuellement des souris et des rats, voire de tous autres ennemis de la littérature, les chats doivent être bons envers ces serviteurs, peu favorisés par la nature, et ne pas hésiter à leur donner des témoignages de la satisfaction de leurs bons et loyaux services.
VIII – Dans le cas contraire (car de très nombreux humains gardent encore les caractères féroces de leur origine sauvage), tous les moyens seront bons au chat pour les punir, en particulier en les griffant, puisque c’est à cette fin que la déesse a pourvu les félins de griffes.

Voilà, chers amis, le point où je suis parvenue de mes méditations, appuyées sur mes études des plus gros et grands volumes noirs de la bibliothèque où je passe de longues heures que mes nigauds d’humains croient des siestes.

Je suis en attente de vos remarques et suggestions.